09 novembre 2012
GAZ MOUTARDE : UNE SALE HISTOIRE QUI DURE
Contact : Thierry Douki

Suivi macroscopique des lésions
cutanées induites par l’ypérite (molécule en
surimpression) chez la souris SKH-1 .

L’ypérite ou gaz moutarde est un gaz de combat rendu tristement célèbre durant la Grande Guerre. Sa facilité de synthèse en fait une arme « low tech » accessible au terrorisme. Le mode d’action de ce composé chimique, qui agit sur l’organisme à de nombreux niveaux et à différentes échelles de temps reste assez méconnu. Nous avons analysé les dommages induits par l’ypérite sur l’ADN.

 

L’ypérite est un liquide pulvérisable qui agit à court terme en provoquant des brûlures importantes. Dans 10% des cas environ, l’effet est létal. Les 90% de survivants, « les gazés », offrent non seulement une vision démoralisante à la population -- ce qui est l’objectif -- mais aussi développent par la suite de nombreux cancers internes. La problématique de l’ypérite reste d’actualité à cause du terrorisme mais aussi des obus toujours enfouis dans les anciens champs de bataille. Aussi, faut-il comprendre les mécanismes d’action de ce composé pour mieux prendre en charge les personnes exposées par accident ou attentat.

 

L’ypérite est un composé chimique (Fig.) qui se fixe irréversiblement sur quasiment toutes les molécules présentes au sein des organismes vivants : protéines, sucres, graisses et bien sûr ADN. Le SCIB, associé à l’Institut de recherche biomédicale des armées (IRBA, l’un des 2 laboratoires en France habilités à manipuler ce type de composé), a exploré l’effet de l’ypérite sur l’ADN au niveau de la brûlure et dans les différents tissus des organes internes de souris. En contact avec la peau, l’ypérite produit une réaction inflammatoire très vive et induit des nécroses locales (Fig.). La disparition rapide des cellules exposées permet d’expliquer que les brûlés ne développent pas de cancer de la peau. 10% environ du produit traverse la peau et diffuse dans l’organisme jusqu’aux organes internes. La concentration y reste suffisante pour induire des dommages de l’ADN par alkylation (création de liaisons C—C). Nous avons aussi montré que les processus de réparation qui normalement « nettoient » l’ADN sont partiellement bloqués par l’ypérite. En conséquence, les personnes qui survivent à une exposition ont un risque accru de développer des cancers des organes internes sur le long terme. Curieusement, alors que le foie, organe de dépollution de l’organisme, est en général le plus sensible aux agressions chimiques, c’est ici le cerveau, organe le mieux protégé, qui est atteint le plus facilement.

 

Maj : 29/04/2014 (1040)

 

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